Ce que coûte vraiment une minute de rushes

Le calcul n'a rien d'approximatif : les constructeurs publient leurs débits, la conversion tient en une division, et le résultat change la façon dont on arbitre un format.

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La question revient à chaque devis, et elle est presque toujours traitée à l'estime : combien de stockage prévoir pour cette journée de tournage. On répond par une habitude — « une carte de 256 Go, ça passe » — jusqu'au jour où le réglage a changé, où le client a demandé du 50 images par seconde, et où la carte se remplit avant la fin de la matinée.

Or ce calcul n'a rien d'approximatif. Les constructeurs publient les débits de leurs codecs, la conversion vers un poids par minute tient en une division, et le résultat change la façon dont on arbitre un format. Ce qui suit est cette arithmétique, avec les chiffres tels que les éditeurs et les fabricants les documentent, et un écart entre la théorie et la carte qu'il vaut mieux connaître d'avance.

La conversion, qui tient en une ligne

Les débits s'expriment en mégabits par seconde, les capacités en gigaoctets. Le passage de l'un à l'autre demande deux opérations : diviser par huit pour passer des bits aux octets, multiplier par soixante pour passer de la seconde à la minute.

Concrètement, un poids en gigaoctets par minute s'obtient en multipliant le débit en mégabits par seconde par soixante, puis en divisant par huit mille. Un flux à 800 Mb/s pèse donc six gigaoctets par minute, soit trois cent soixante par heure. Il n'y a rien de plus dans cette histoire, et c'est précisément ce qui la rend utilisable sur un repérage, de tête.

Ce que pèsent réellement les formats courants

Apple publie les débits cibles de la famille ProRes, qui restent la référence la plus citée en post-production.

ProResHD 1080 25pUHD 25pUHD 50p
422 LT85 Mb/s342 Mb/s684 Mb/s
422122 Mb/s492 Mb/s983 Mb/s
422 HQ184 Mb/s737 Mb/s1 475 Mb/s
4444275 Mb/s1 106 Mb/s2 212 Mb/s

Du côté des boîtiers, les écarts entre familles de codecs sont considérables, et ils se lisent directement dans les fiches constructeur. Sony documente pour ses caméras du segment XAVC S-I, en tout-intra, 500 Mb/s en 4K à 50 images par seconde et 222 Mb/s en HD, contre 200 Mb/s en 4K pour les modes long-GOP, dix fois moins gourmands à définition égale. Panasonic monte plus haut encore sur le GH7, avec 800 Mb/s en 4K 50p tout-intra en H.264 et 200 Mb/s en H.265 long-GOP pour la même image. Canon, sur l'EOS C400, publie une échelle complète : 1 000, 750 ou 500 Mb/s en XF-AVC Intra 4K à 50 images par seconde, 250 Mb/s en long-GOP, et pour son RAW allégé en 6K trois paliers à 576, 886 et 1 800 Mb/s.

Au sommet, RED exprime ses débits directement en mégaoctets par seconde, ce qui évite la division : en 8K 17:9 à 24 images par seconde, la qualité haute atteint 446 Mo/s, la moyenne 312, la basse 195. Blackmagic, de son côté, ne publie pas de débits mais des ratios de compression — 5:1, 8:1, 12:1, 18:1 en débit constant, et quatre paliers de qualité constante — en précisant que les débits réels dépendent de l'image enregistrée, ce qui est la formulation honnête.

Une omission volontaire : il manque à ce tableau la famille DNxHR d'Avid, dont la page de spécifications de bande passante n'est pas accessible publiquement. Plutôt que de recopier des valeurs circulant sur des forums, nous préférons ne rien avancer.

Ramenés à l'heure, ces débits donnent des ordres de grandeur qui parlent davantage.

ConfigurationDébitPar minutePar heure
ProRes 422, HD 25p122 Mb/s0,92 Go55 Go
Tout-intra 4K 50p (Sony XAVC S-I)500 Mb/s3,75 Go225 Go
Tout-intra 4K 50p (Panasonic H.264)800 Mb/s6 Go360 Go
ProRes 422 HQ, UHD 50p1 475 Mb/s11,1 Go664 Go
RED 8K 24p, qualité haute446 Mo/s26,8 Go1,61 To

L'écart entre le calcul et la carte

Voici le point que l'arithmétique seule ne donne pas. Sony annonce, dans son guide d'assistance, vingt-cinq minutes d'enregistrement sur une carte de 160 gigaoctets dans ses modes tout-intra 4K les plus gourmands, là où la division brute en promettrait une trentaine. L'écart vient du formatage, du surdébit des conteneurs et de la marge que le constructeur conserve.

La conséquence pratique est simple : prévoyez vingt à trente pour cent au-dessus du résultat du calcul. Ce n'est pas de la prudence excessive, c'est ce que mesure le fabricant sur son propre matériel.

Ce que la carte doit garantir, et non pas afficher

Les débits annoncés sur les emballages sont des valeurs de pointe en lecture, qui ne disent rien de ce qui compte en tournage : le débit d'écriture soutenu, celui que la carte tient sans faiblir pendant toute la durée du plan. Deux systèmes de garantie existent, et ce sont eux qu'il faut lire.

Pour les cartes SD, les classes de vitesse vidéo indiquent un minimum d'écriture séquentielle : une carte V60 garantit 60 mégaoctets par seconde, une V90 en garantit 90, ce que confirme la fiche technique des références concernées. Traduit en débits vidéo, une V90 couvre les modes tout-intra 4K les plus exigeants des boîtiers hybrides ; une V60 s'arrête bien avant.

Pour les cartes CFexpress, l'association qui gère le format définit des profils de garantie vidéo : VPG200 impose 200 mégaoctets par seconde soutenus, VPG400 en impose 400, et les profils supérieurs montent à 800 et 1 600. C'est cette mention, et non la vitesse maximale, qui détermine si une carte tiendra un enregistrement RAW ou un mode cinéma interne. Sony, par exemple, exige un profil VPG200 ou supérieur dès que l'on dépasse 280 Mb/s.

Une précision utile sur la mécanique : les cartes CFexpress de type A utilisent une seule ligne PCIe, celles de type B en utilisent deux, ce qui explique l'essentiel de l'écart de performance entre les deux formats. La génération CFexpress 4.0 double le débit théorique de la précédente en passant au PCIe de quatrième génération.

La sauvegarde multiplie par trois

Le calcul ne s'arrête pas à la carte. Une heure de ProRes 422 HQ en UHD à 50 images par seconde représente 664 gigaoctets ; appliquer la règle des trois copies sur deux supports différents dont une hors site porte ce volume à environ deux téraoctets. Une journée de quatre heures utiles en demande huit.

C'est à ce stade que le choix du codec cesse d'être une préférence esthétique pour devenir une décision budgétaire. Passer du tout-intra au long-GOP sur une captation de conférence, où l'image bouge peu et où l'étalonnage sera léger, divise le volume par quatre ou par cinq — et donc le coût de stockage, le temps de copie et le temps de sauvegarde dans la même proportion.

Le coût qu'on oublie toujours : le temps

Copier des rushes n'est pas instantané, et le débit réel de l'opération est plafonné par le maillon le plus lent de la chaîne, qui est rarement la carte : c'est le plus souvent le lecteur, le bus de l'ordinateur ou le disque de destination.

À cela s'ajoute la vérification d'intégrité. Une copie vérifiée par empreinte relit l'intégralité des données après les avoir écrites, ce qui double approximativement le temps de l'opération — nous présentons cet ordre de grandeur comme un raisonnement, aucun fabricant ne publiant de mesure officielle sur ce point. Le calcul n'en reste pas moins utile au moment de dire au client à quelle heure les rushes seront sécurisés : sur huit téraoctets, la différence entre une copie simple et une copie vérifiée se compte en heures, pas en minutes.

Comment décider, en pratique

La méthode tient en quatre questions posées dans l'ordre. Quelle définition et quelle cadence le livrable exige-t-il réellement, indépendamment de ce que la caméra sait faire ? L'étalonnage sera-t-il léger, auquel cas le long-GOP suffit, ou lourd, ce qui justifie le tout-intra ou le RAW ? Combien d'heures utiles seront tournées, marge de vingt à trente pour cent comprise ? Et quel volume cela représente-t-il une fois la règle de sauvegarde appliquée ?

Ces quatre réponses donnent le nombre de cartes, la capacité des disques et le temps de transfert à prévoir. Notre planificateur de stockage et de débit de tournage fait ce calcul à votre place, mais il est préférable d'en comprendre la mécanique : c'est elle qui permet d'arbitrer un format sur le terrain, quand le client demande soudain du ralenti.

Questions fréquentes

Le RAW est-il toujours plus lourd que le tout-intra ?

Pas nécessairement, parce que les formats RAW compressés proposent des paliers très différents. Le RAW allégé de Canon en 6K descend à 576 Mb/s, soit moins qu'un mode tout-intra 4K à 50 images par seconde chez Panasonic. C'est le palier de compression choisi, pas l'étiquette RAW, qui détermine le poids.

Une carte V90 suffit-elle pour tout ?

Elle garantit 90 mégaoctets par seconde soutenus, ce qui couvre les modes tout-intra 4K des hybrides récents mais reste très en dessous des exigences d'un enregistrement RAW interne ou d'un mode cinéma, qui réclament un profil CFexpress à garantie vidéo. La bonne lecture consiste à comparer le débit du mode visé au minimum garanti, jamais à la vitesse maximale affichée.

Pourquoi ma carte se remplit-elle plus vite que le calcul ne le prévoit ?

Parce que la capacité annoncée n'est pas entièrement disponible après formatage, et parce que les conteneurs ajoutent leur propre surdébit. Les durées publiées par les constructeurs intègrent déjà cet écart : elles sont inférieures d'environ vingt à trente pour cent au calcul théorique, et ce sont elles qu'il faut retenir.

Faut-il vérifier les copies par empreinte ?

Sur des rushes qui ne se refilment pas, oui. Une copie non vérifiée peut être silencieusement incomplète, et le défaut n'apparaîtra qu'au montage, quand la carte aura été reformatée. Le surcoût est du temps, pas de l'argent, et il se planifie.

Sources

  • Apple, Apple ProRes White Paper (avril 2022) — débits cibles par définition et cadence.
  • Sony, spécifications ILME-FX3A et guide d'assistance Durées d'enregistrement de films — débits XAVC et durées réelles par capacité de carte.
  • Panasonic, fiche de spécifications LUMIX GH7 ; Canon, spécifications EOS C400.
  • Blackmagic Design, page Blackmagic RAW (ratios de compression) ; RED, V-RAPTOR 8K VV Operation Guide, section R3D Quality.
  • CompactFlash Association, pages Card Types, Video Performance Guarantee et annonce CFexpress 4.0 ; fiche technique SanDisk Extreme PRO SD UHS-II V90.

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