Wi-Fi ou Ethernet : le réseau d'une captation live

La fibre de la salle n'est pas votre liaison : c'est celle de trois cents personnes qui relèvent leurs messages. Ce qui vous est réellement garanti, et ce que vous ferez quand la garantie ne tiendra pas.

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Le réseau est le seul maillon d'une captation en direct dont personne ne parle pendant la préparation et dont tout le monde parle pendant l'incident. On discute caméras, on discute son, on discute encodeur, puis on branche l'encodeur sur la prise murale la plus proche en se disant que la salle a la fibre.

Or la fibre de la salle n'est pas votre liaison : c'est celle de trois cents personnes qui relèvent leurs messages. La question n'est donc pas de savoir si le lieu est connecté, mais ce qui vous est réellement garanti, sur quelle longueur de câble, et ce que vous ferez quand la garantie ne tiendra pas.

De combien avez-vous besoin, exactement

Le point de départ n'est pas le débit de la salle mais celui que réclame la plateforme de destination, et les écarts entre plateformes sont considérables.

YouTube publie ses paliers en H.264 : 10 Mb/s en 1080p à 30 images par seconde, 12 Mb/s à 60 images, 30 Mb/s en 4K à 30 images et 35 Mb/s à 60. La plateforme précise au passage que l'option de faible latence n'est pas disponible en 2160p, ce qui tranche un arbitrage avant même qu'il se pose.

LinkedIn, dans sa documentation destinée aux intégrateurs, impose un plafond bien plus bas : 1080p maximum, 30 images par seconde maximum, 6 Mb/s de débit vidéo, audio AAC à 128 kb/s en 48 kHz, une image clé toutes les deux secondes, du H.264 en RTMP, et une durée maximale de quatre heures. Il n'y a pas de 4K sur LinkedIn, et vouloir y pousser un flux plus gros ne sert à rien.

Vimeo procède autrement, en indexant la qualité conseillée sur le débit montant mesuré : en dessous de 4 Mb/s, du 720p à 2 000 kb/s ; entre 10 et 25 Mb/s, du 1080p à 4 000 kb/s ; au-delà de 25 Mb/s, du 1080p à 5 000 kb/s. Pour une diffusion en 4K, la plateforme demande 25 à 40 Mb/s de débit montant.

Twitch, enfin, ne publie plus ses recommandations sur une page consultable de façon fiable, et nous ne reprendrons donc aucun chiffre le concernant plutôt que de recopier des valeurs invérifiables.

Retenez la distinction essentielle : ces valeurs désignent le débit du flux, pas la capacité de la liaison. Confondre les deux est l'erreur fondatrice de la plupart des incidents.

Ce que garantit un câble, et sur quelle longueur

Le lien cuivre est normalisé à cent mètres de canal, décomposés en quatre-vingt-dix mètres de lien permanent et dix mètres de cordons de raccordement. Au-delà, rien ne se passe brutalement : les performances se dégradent, les erreurs augmentent, et le problème devient difficile à diagnostiquer précisément parce qu'il est progressif.

La catégorie du câble décide du débit tenu sur cette distance. Une catégorie 5e transporte un gigabit par seconde sur cent mètres, ce qui suffit très largement à un flux de contribution. La catégorie 6 non blindée, en revanche, ne garantit dix gigabits que sur une cinquantaine de mètres environ, la catégorie 6A les tenant sur les cent mètres complets.

Pour une captation, la conclusion est rassurante : le gigabit d'une catégorie 5e couvre tous les cas de figure évoqués plus haut, y compris une diffusion 4K avec redondance. Le câble n'est jamais le facteur limitant d'un direct ; la liaison Internet et son partage le sont.

Pourquoi le Wi-Fi ne se teste pas à vide

La faiblesse du Wi-Fi en captation n'est pas son débit, qui est souvent excellent, mais sa nature : le spectre est partagé et, réglementairement, il n'est pas protégé.

En France, la bande 5945–6425 MHz a été ouverte aux réseaux locaux sans fil par une décision de l'Arcep du 14 octobre 2021, en usage non exclusif, sans brouillage et sans protection. Cette dernière formule mérite d'être lue lentement : aucune garantie réglementaire de disponibilité du médium n'existe. Si quelqu'un émet à côté de vous, vous n'avez aucun recours.

La même décision distingue deux régimes de puissance. Les points d'accès à faible puissance en intérieur sont limités à 23 dBm de puissance isotrope rayonnée équivalente et réservés à l'usage intérieur, avec interdiction dans les véhicules routiers. Les équipements à très faible puissance, plafonnés à 14 dBm, sont autorisés en intérieur comme en extérieur, mais interdits sur les drones. Un lien 6 GHz en extérieur est donc réglementairement contraint, ce qui élimine d'emblée une partie des configurations événementielles.

Le Wi-Fi 7 apporte de vraies améliorations — la transmission simultanée sur plusieurs liens et des canaux de 320 MHz là où la bande 6 GHz est ouverte — qui augmentent le débit et réduisent la latence moyenne. Elles ne changent rien au caractère partagé du médium, et aucune source officielle ne documente de garantie de débit pour un client associé.

D'où la règle pratique : un test de débit réalisé la veille au soir dans une salle vide ne mesure pas ce que vous aurez le lendemain avec trois cents terminaux associés. C'est une mesure du meilleur cas, pas du cas nominal. On rencontre d'ailleurs régulièrement des chiffres du type « au-delà de tel nombre de clients, le débit chute de tant » : aucun n'est étayé par une source primaire, et nous ne les reprendrons pas.

L'agrégation cellulaire, et ce qu'on n'en sait pas

Quand le filaire est impossible ou peu fiable, l'agrégation cellulaire est la réponse du métier. Le principe est documenté par les constructeurs : la répartition se fait au niveau du paquet, ce qui permet à une session unique d'utiliser la bande passante cumulée de tous les liens disponibles, qu'il s'agisse de connexions mobiles, d'un accès filaire, d'un Wi-Fi ou d'une liaison satellite.

Les mécanismes associés sont eux aussi documentés : retransmission des paquets perdus, correction d'erreurs adaptative, adaptation dynamique du débit d'encodage aux conditions réseau, et bascule immédiate du trafic vers les liens sains en cas de défaillance de l'un d'eux, sans interrompre la session.

Deux chiffres manquent, et il faut le dire franchement plutôt que d'inventer. Aucun constructeur ne publie la latence ajoutée par le tampon d'agrégation, alors que ce compromis entre marge et délai est au cœur de la technologie. Aucun ne publie non plus de nombre maximal de modems présenté comme général. Ce sont des valeurs à mesurer sur sa propre configuration, pas à citer.

Séparer la production des invités

Le principe fait consensus et il est même formulé officiellement : Vimeo recommande une connexion filaire sur un réseau dédié, non partagé, et de régler le débit sortant de l'encodeur nettement en dessous du débit montant disponible afin d'absorber les fluctuations.

En revanche, il n'existe aucune recommandation officielle chiffrée de marge. Les règles que l'on entend — doubler, garder cinquante pour cent — ne figurent dans aucune documentation de plateforme. Les paliers publiés par Vimeo impliquent de fait un rapport nettement inférieur à la moitié du débit disponible, mais ce ratio n'est jamais énoncé comme une règle, et le présenter ainsi serait une extrapolation.

L'isolation par réseau virtuel et la priorisation du trafic de contribution relèvent de la même logique : ce sont des bonnes pratiques documentées par les équipementiers, sans seuil normatif de réservation de bande passante. Le raisonnement à tenir est simple — votre flux ne doit jamais dépendre du comportement du public — et il se met en œuvre en demandant au lieu une liaison ou un réseau virtuel distinct, idéalement avec son propre accès.

Mesurer pour de vrai

Un test de débit grand public mesure ce qu'un navigateur obtient d'un serveur commercial à un instant donné. Pour préparer un direct, il vaut mieux mesurer entre deux points que l'on contrôle, ce que fait iperf3.

Le principe tient en deux commandes : un serveur lancé avec l'option correspondante à une extrémité, un client à l'autre. Par défaut, le client émet vers le serveur, ce qui mesure précisément le sens qui nous intéresse, le montant ; une option dédiée permet d'inverser pour mesurer le descendant. Une autre permet d'ouvrir plusieurs flux parallèles, ce qui reflète mieux le comportement réel d'une chaîne de diffusion qu'un flux unique.

Le choix entre TCP et UDP mérite une précision, parce qu'il change la nature de la mesure. En TCP, on mesure le débit applicatif réellement atteignable, ce qui est la bonne question pour dimensionner un encodeur. En UDP, on génère un flux à débit constant que la documentation qualifie elle-même de très artificiel, mais qui a un mérite : il révèle la perte de paquets et la gigue, c'est-à-dire exactement ce qui fait décrocher un direct sur une liaison au débit pourtant suffisant. Attention à un piège : en UDP, le débit cible par défaut est d'un mégabit par seconde, et oublier de le fixer donne une mesure sans aucun rapport avec la réalité.

La configuration qui tient

De tout ce qui précède se déduit une configuration de référence, à adapter mais pas à contourner. Une liaison filaire dédiée, obtenue auprès du lieu et non partagée avec le public, raccordée en catégorie 5e ou supérieure dans la limite des cent mètres, avec un switch administrable qui isole le flux de production. Un encodeur disposant de deux interfaces réseau, pour qu'une bascule soit possible sans intervention manuelle. Une agrégation cellulaire en secours, avec des cartes de deux opérateurs différents au minimum, parce que deux cartes du même opérateur tombent ensemble. Un onduleur sur l'ensemble du chemin réseau, y compris le switch et le boîtier du lieu, que l'on oublie systématiquement au profit des caméras. Et une mesure réelle du débit montant, faite avec un outil qui mesure ce que vous lui demandez.

Le Wi-Fi n'apparaît dans cette liste qu'en dernier recours, pour une diffusion sans enjeu, et en ayant conscience qu'il ne se vérifie pas à l'avance.

Questions fréquentes

Quel débit montant faut-il prévoir pour un direct en 1080p ?

Le flux lui-même réclame entre 4 et 12 Mb/s selon la plateforme et la cadence — LinkedIn plafonne à 6 Mb/s, YouTube recommande 10 à 12, Vimeo 4 à 5. La liaison, elle, doit offrir une marge confortable au-dessus de cette valeur, sans qu'aucune plateforme ne chiffre officiellement cette marge.

Une catégorie 6 est-elle nécessaire ?

Pas pour un direct. Une catégorie 5e transporte un gigabit sur cent mètres, soit largement au-delà de tout flux de contribution. La catégorie 6A a son intérêt pour du dix gigabits sur longue distance, ce qui relève d'un autre usage.

Peut-on diffuser en Wi-Fi si la salle n'a pas de prise réseau ?

Techniquement oui, mais sans possibilité de vérifier à l'avance ce que vous aurez le jour venu, puisque la dégradation vient de la présence du public. Dès qu'il y a un enjeu, une agrégation cellulaire est plus prévisible qu'un Wi-Fi partagé, parce qu'elle ne dépend pas du même médium que les spectateurs.

Deux cartes SIM suffisent-elles en secours ?

À condition qu'elles soient de deux opérateurs distincts. Deux abonnements du même opérateur partagent la même antenne et les mêmes incidents, et n'apportent aucune redondance réelle sur un site donné.

Sources

  • TIA, mise à jour des normes de la série 568 (décomposition 90 m + 10 m) ; documents publics IEEE 802.3 (portées par catégorie).
  • YouTube Aide, Choose live encoder settings, bitrates, and resolutions ; documentation développeur LinkedIn Live ; aide Vimeo, configuration réseau pour les événements en direct et diffusion en 4K.
  • Décision Arcep n° 2021-2184 du 14 octobre 2021 relative aux RLAN dans la bande 6 GHz ; Wi-Fi Alliance, annonce de la certification Wi-Fi 7.
  • Documentation constructeur sur l'agrégation de liens (Peplink SpeedFusion, Haivision SST, LiveU LRT).
  • Documentation officielle d'iperf3.

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